L'éthique animale et le respect des animaux intègrent enfin les programmes scolaires

Selon un sondage, 90% des français sont favorables à ce que le respect des animaux intègre les programmes scolaires. Une loi vient d’être votée en ce sens à l’Assemblée nationale.

Selon un sondage YouGov (1) mené en 2020 à l’initiative de l’association L214 : 90 % des sondés ont répondu oui à la question « Selon vous, le respect des animaux devrait-il être enseigné à l’école ? ». Dans le cadre de la proposition de loi sur la maltraitance animale, l’Assemblée nationale a voté le mardi 16 novembre 2021 la mise en place d’une sensibilisation au respect des animaux à l’école, au collège et au lycée. Elle devrait intégrer les programmes de l’enseignement moral et civique (EMC) prochainement.

Pour Brigitte Gothière, cofondatrice de L214 : « Respect, tolérance, considération pour autrui : la défense des animaux est en phase avec les valeurs citoyennes de l’école. Les enfants ont souvent un émerveillement sincère vis-à-vis du monde qui les entoure. Ils ne peinent pas à voir les animaux comme des êtres doués de sensibilité, d’intelligence, d’une vie qui leur est propre. Souvent, le thème des animaux permet aussi de motiver fortement les élèves autour de projets transversaux qui associent de nombreux cours (maths, français, expression orale, arts plastiques, science, citoyenneté…). »

Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, ajoute : « Il y a une empathie spontanée des enfants envers les animaux qui ne demande qu’à s’exprimer et prendre forme. Il est important pour eux de réaliser que cette considération n’est pas propre à leur âge, et qu’elle est porteuse de valeurs humaines dont la société tout entière se trouvera enrichie. »

Consulter les résultats du sondage Yougov

Un enseignement qui était largement absent des programmes

Peu de gens savent que l’éthique animale a figuré, durant 40 ans, dans les manuels officiels pour l’école primaire, illustrant notamment la loi Grammont, première loi historique de protection animale dans le droit français. Cette sensibilisation a été retirée des programmes en 1923. Jusqu’à aujourd’hui, malgré la richesse des programmes de l’enseignement moral et civique (EMC), l’éthique animale (l’étude de nos responsabilités vis-à-vis des animaux) et la défense des animaux en tant qu’individus restaient largement absentes des programmes scolaires français.

Des évolutions prometteuses ?

Les animaux ont-ils des droits, ou un statut moral ? Notre responsabilité vis-à-vis d’autrui s’arrête-t-elle aux frontières de notre propre espèce ? Face à ces questions d’une grande actualité, la reconnaissance des animaux comme des êtres sensibles dans le Code rural depuis 1976 (article L214-1)  – et depuis le 16 février 2015 dans le Code civil – constitue un socle légitime pour développer de nombreuses démarches de sensibilisation.

Dans une tribune parue à l’initiative de L214 et intitulée « Enseignons à l’école l’empathie pour les animaux ! », une quinzaine d’intellectuels, philosophes et scientifiques – dont Matthieu Ricard et la vétérinaire Marie-Claude Bomsel – s’étaient mobilisés en 2017 pour appeler à mieux intégrer l’enseignement de l’éthique animale dans les programmes de l’Éducation nationale.

Pour Marie-Claude Bomsel, professeure honoraire au Muséum national d’histoire naturelle et membre du conseil scientifique de L214 Éducation : « De toutes mes observations animalières, j’ai tant appris : la façon qu’ont les animaux d’aborder le monde, leurs émotions, leur adaptabilité, et une sensibilité que nous partageons avec eux. L’éducation à l’éthique animale ouvre aux enfants une porte pour déchiffrer la société de ceux que l’on dit “bêtes”, celle du vivant et des autres habitants de notre planète. »

Par ailleurs, selon le député LREM Loïc Dombreval, « Le bien-être animal doit être évoqué dès l’école ». Cet enseignement au respect des animaux fait partie des 121 recommandations réunies dans le rapport sur le bien-être des animaux de compagnie et des équidés, remis au ministre de l’Agriculture par le député en juin 2020. Absente de la proposition de loi initiale, cette recommandation essentielle pour la condition animale a enfin été prise en compte.

Un essai à transformer

Ayant participé à la rédaction de l’amendement, l’association Éducation Éthique Animale (EEA) se félicite de cette avancée. Pour Anne-Laure Meynckens et Marie-Laure Laprade (EEA) : « Les enjeux sociétaux liés aux relations humains-animaux apparaissent aujourd’hui essentiels. Déjà étudiés sous l’angle des espèces dans l’enseignement de la biodiversité, les animaux n’apparaissaient pas en tant qu’individus sensibles ayant une personnalité. C’est désormais chose faite. 

Dans le prolongement des philosophes des Lumières, cette entrée de l’éthique animale à l’école apparaît comme un humanisme élargi, inclusif des animaux, étendant notre considération à leur endroit. À l’écoute de cette revendication portée par notre association, les parlementaires ont saisi la nécessité d’étudier le statut moral des animaux en tant qu’individus, et donc d’interroger nos responsabilités et nos pratiques vis-à-vis d’eux. L’école prend ainsi le train en marche de l’évolution sociétale. »

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(1) Toutes les données ici présentées sont de YouGov France, sauf mention contraire. L'enquête a été réalisée sur 1 002 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, sur le panel propriétaire YouGov France du 25 au 27 septembre 2020.