Dossier #6 : Les animaux imaginaires

Des licornes aux Pokémons, des dragons aux centaures, les animaux imaginaires peuplent nos jeux vidéo, nos films, nos livres, et même nos réseaux sociaux ! Mais quand les humains ont-ils commencé à imaginer ces animaux fantastiques ? Quels liens existe-t-il entre ces animaux légendaires et les animaux réels ? Et surtout, que nous disent les animaux imaginaires de notre rapport aux vrais animaux ?

Animaux mythologiques, animaux folkloriques

En fait, les humains imaginent des animaux fantastiques depuis très longtemps : on raconte par exemple des histoires de dragons depuis les plus anciennes civilisations. Les premières représentations de ces gigantesques animaux ailés, qui pourraient être inspirés des serpents ou des oiseaux, ont été retrouvées en Mongolie et dateraient du Néolithique (soit au IVe millénaire avant J.-C.). Ça date !

Pendant l’Antiquité grecque, des croyances en plusieurs animaux imaginaires se répandent également. Souvent, elles tiennent de la mythologie, comme pour les sirènes, ces créatures mi-femmes mi-oiseaux, qui sont évoquées par Homère lorsqu’il raconte l’histoire d’Ulysse dans l’Odyssée. Ainsi, dans la mythologie grecque, les sirènes sont des créatures mi-femmes mi-oiseaux ; mais dans le folklore nordique, elles sont mi-femmes mi-poissons !

Parfois, les animaux imaginaires sont issus d’observations réalisées dans la nature. Ainsi, lorsqu’il habitait en PerseCtésias, un médecin et historien grec du Ve siècle avant J.-C., a observé des animaux qu’il a identifié comme étant des licornes. Il les a décrites comme « des ânes sauvages de la grandeur des chevaux, et même de plus grands encore. Ils ont le corps blanc, la tête couleur de pourpre, les yeux bleuâtres, une corne au front. » Cette représentation de la licorne a perduré jusqu’à aujourd’hui, avec quelques petits changements.

Depuis, d’innombrables animaux ont été rêvés, craints, fantasmés, imaginés par les humains, et les créatures qui appartiennent au folklore de nos régions deviennent parfois… très célèbres ! Ainsi, au XVIIIe siècle, une série d’attaques sur des êtres humains en Lozère a fait craindre l’existence d’un monstre terrible : la Bête du Gévaudan. Cet animal, tantôt considéré comme un loup gigantesque, une hyène, un loup-garou ou même un tueur en série, a laissé son empreinte dans la culture populaire.

Les animaux imaginaires sous la loupe de la science

Avec le développement des sciences naturelles, des chercheurs commencent à s’intéresser de près à ces animaux imaginaires : des explorateurs se lancent sur leurs traces, aux quatre coins du monde, en espérant prouver leur existence. C’est le début de ce qui s’appellera plus tard la cryptozoologie

Ainsi, de nombreux chercheurs se lancent dans la quête de grands monstres aquatiques : le plus célèbre d’entre eux est le monstre du Loch Ness, mais les prétendus dinosaures peuplant les lacs ou les marais ne manquent pas ! Ainsi, en Afrique équatoriale, des rumeurs ont longtemps couru au sujet d’un énorme monstre à l’aspect reptilien qui vivrait dans les marais et les cours d’eau… Cet animal, que les habitants de la région appellent le mokélé-mbembé, aurait un grand cou flexible et une longue queue, ce qui n’est pas sans rappeler les sauropodes, ces dinosaures herbivores disparus depuis… au moins 66 millions d’années !

Malgré toutes les expéditions menées jusqu’à une période récente dans les milieux aquatiques du Congo, aucune preuve de l’existence du mokélé-mbembé n’a jamais été découverte. Malheureusement, ces scientifiques se heurtent à de nombreux obstacles… car la plupart de ces animaux n’existent que dans l’imagination des populations locales, et les « preuves » qu’on leur présente sont souvent fabriquées de toutes pièces.

Un monstre dans le Loch Ness ?

Le monstre du Loch Ness, souvent représenté comme une sorte de gigantesque reptile aquatique au long cou, habiterait les profondeurs d’un des plus grands lacs d’Écosse. Observé à de nombreuses reprises à partir de 1933, cet animal ressemblant à un sauropode a aussi été photographié : une preuve convaincante, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il ne s’agissait que d’un photo-montage… D’autres preuves ont également été fabriquées, comme des empreintes, qui avaient été réalisées avec une patte d’hippopotame naturalisée.

Aujourd’hui, grâce à l’utilisation de techniques scientifiques contemporaines (caméras immergées, sonars…), on sait avec certitude que « Nessie », comme on le surnomme, n’existe pas. Pourtant, certains scientifiques se penchent encore sur ce mystère, et d’infatigables admirateurs continuent de chercher le monstre dans les eaux troubles du Loch Ness…

Xuedytes-bellus

Plus petits, donc moins intéressants ?


La moindre déclaration au sujet du monstre du Loch Ness fait la une des journaux, alors qu’il est admis que Nessie n’existe que dans notre imagination. Pourquoi cet intérêt pour un animal imaginaire, alors que les chercheurs découvrent entre 15 000 et 18 000 nouvelles espèces animales par an dans le monde ? Probablement parce que les humains s’intéressent principalement aux gros animaux. Pourtant, les petits mammifères et les oiseaux, les insectes et les poissons, comptent tout autant !

Découvert en Chine, Xuedytes bellus est un coléoptère aveugle cavernicole

Des paresseux géants ?

Parfois, des enquêtes sur les traces d’animaux disparus depuis longtemps sont relancées par des découvertes mal interprétées : on imagine que ceux-ci auraient en fait survécu, cachés aux yeux des humains. Cela a été le cas du paresseux géant : des restes de ces gigantesques mammifères de plusieurs tonnes, disparus il y a 12 000 ans à la fin de la période glaciaire, ont été retrouvés en 1895 dans une grotte au sud du Chili  et, selon les paléontologues, ces restes ne sont pas du tout fossilisés… Ces gigantesques animaux se promèneraient-ils encore dans la région, comme le prétendent certaines rumeurs ? Ni une, ni deux, les explorateurs se sont lancés à leurs trousses, et l’un d’entre eux (un paléontologue nommé André Tournouër) a même juré avoir aperçu un de ces gigantesques paresseux, nageant dans une rivière. 

Pourtant, aucune preuve ne permet de confirmer l’existence de ce paresseux géant, et il faudra attendre 1950 pour qu’une explication soit donnée : ces animaux avaient bien disparu à la fin de la période glaciaire, et si les restes retrouvés au Chili n’ont pas été fossilisés, c’est parce qu’ils ont été piégés dans la caverne par des cendres volcaniques qui les ont préservés. Décidément, il paraît bien improbable que des animaux disparus de si longue date existent encore sur Terre. Et pourtant…

Les Mylodons étaient des sortes de paresseux géants, disparus depuis la période glaciaire. Des restes apparemment récents de ces animaux ont été retrouvés dans une caverne, au Chili.

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Et des humains imaginaires, alors ?


Un peu partout dans le monde, des légendes rapportent l’existence de créatures anthropomorphes, c’est-à-dire qu’elles ressembleraient aux êtres humains. Il y a par exemple le Yéti, qui vivrait dans les montagnes de l’Himalaya, Big Foot, qui hanterait les forêts d’Amérique du Nord, ou même l’almasty, qui vivrait dans les montagnes du Caucase, en Europe de l’Est. L’existence de ces êtres mystérieux n’a jamais été prouvée.

Légendaires, mais bien réels !

Il arrive aussi que des animaux mystérieux, dont la science n’atteste pas l’existence, soient en fait bien réels et vivent simplement loin des humains ! Ainsi, certains animaux préhistoriques, qu’on croyait disparus à tout jamais, sont encore présents sur Terre : il a fallu attendre 1938 pour découvrir que les cœlacanthes, ces poissons qu’on croyait disparus depuis le Crétacé (il y a 80 millions d’années) existent encore bel et bien. Pourtant, les populations locales les connaissaient, mais la communauté scientifique ne le savait pas !

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C’est aussi le cas des pécaris du Chaco : on croyait que ces animaux, qui ressemblent à des sangliers, étaient éteints, car on n’en avait trouvé que des fossiles… Mais en 1971, des scientifiques en ont repéré en Argentine, et ils étaient bien plus remuants que leurs congénères fossilisés ! 

À plusieurs reprises, au cours du XXe siècle, les légendes des populations locales ont permis aux scientifiques de découvrir l’existence d’animaux : c’est par exemple le cas des okapis, que les pygmées Wambutti, habitant les forêts équatoriales du Congo, décrivaient comme des ânes mangeurs de feuilles, qu’ils appelaient atti. Plus récemment, dans les années 1990, des chercheurs ont prouvé l’existence des saolas, des bovidés ressemblant à des antilopes, vivant dans les forêts d’altitude du Vietnam. Étonnant !

Des animaux menacés !

Qu’ils existent réellement ou seulement dans notre imagination, tous ces animaux extraordinaires ont laissé une empreinte très forte dans notre culture et, parfois, dans la tradition scientifique ! Pourtant, la curiosité qu’ils nous inspirent ne devrait-elle pas aussi nous inciter à les protéger ? Aujourd’hui, les saolas et les okapis, victimes de la chasse et du braconnage, pourraient disparaître à tout jamais.

Quant aux cœlacanthes, qui perdurent depuis la Préhistoire, ils finissent dans les filets tout comme les autres poissons : aujourd’hui, le groupe le plus important de cœlacanthes (Latimeria chalumnae) ne compte plus que 300 individus. Et si on prenait la défense de tous ces animaux étonnants ?

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