nos sites


John Hargrove : de Seaworld à la défense des animaux

L'ancien dresseur d'orques est devenu leur protecteur


Aider les animaux, cela demande parfois du courage, et rares sont les personnes qui le savent aussi bien que John Hargrove. Cet ancien dresseur d’orques, qui a travaillé dans les parcs aquatiques SeaWorld en France et aux États-Unis pendant 11 ans, a complètement changé d’opinion à leur sujet : il estime aujourd’hui que les animaux n’y sont pas heureux et que les parcs aquatiques détenant des animaux devraient fermer leurs portes. Rencontre avec une personne engagée pour les animaux marins !


Le grand plongeon

C’est en 1980, alors qu’il n’a que 6 ans, que John commence à s’intéresser aux orques : avec sa famille, il assiste à un spectacle au SeaWorld d’Orlando, en Floride, et ce qu’il y voit l’impressionne beaucoup : « J’ai été complètement séduit par tout ce décor, comme un enfant qui voudrait devenir magicien après avoir vu son premier spectacle de magie. J’observais la relation entre les dresseurs et les orques : ces énormes animaux, si impressionnants, qui nageaient avec ces minuscules dresseurs, devant un public et sous les lumières. »

Une vingtaine d’années plus tard, ce qui était un rêve devient réalité : après une brève formation, John rejoint l’équipe des entraîneurs de SeaWorld. Vêtu d’une combinaison aux couleurs de la compagnie, il apprend à nager avec les orques (ces animaux pèsent jusqu’à 9 tonnes : pour un petit humain, ce n’est pas une mince affaire !), mais aussi à les faire participer aux différents spectacles : sauts impressionnants, saluts de la nageoire, échouage devant les spectateurs pour les épater...

Petit à petit, John gagne de plus en plus de responsabilités, jusqu’à devenir entraîneur en chef : son rôle est alors de former les autres dresseurs et de superviser les spectacles d’orques. Grâce à ce nouveau statut, il connaît bien le fonctionnement des parcs aquatiques, et va d’ailleurs travailler dans 3 Seaworld différents. Il apprend aussi à connaître individuellement les orques : au cours de sa carrière, il travaille avec 20 cétacés. Malheureusement, il se rend vite compte que la réalité ne correspond pas à ce qu’il avait espéré...




Être l’ami des orques ?

Les premières années de John à SeaWorld se passent bien ! Le jeune homme adore son travail, il aime retrouver les orques chaque matin et apprendre à les connaître : « Les orques sont extrêmement intelligentes, elles sont si impressionnantes que c’est presque comme travailler avec des extra-terrestres ! Elles ont des capacités remarquables, démesurées. Elles sont capables d’énormément d’empathie et d’amour, et nouent des relations fortes avec les dresseurs. »

Mais plus John prend conscience des étonnantes facultés des orques, plus il est choqué des pratiques des parcs aquatiques envers elles. D’après lui, c’est en privant les orques de nourriture que les dresseurs parviennent à leur faire accomplir les tours. Peu à peu, le dresseur prend également conscience que les conditions de vie des orques en captivité ne sont pas bonnes : les bassins en béton sont minuscules par rapport aux habitudes de ces animaux, qui peuvent parcourir des centaines de kilomètres par jour en pleine mer. Quant à l’eau chlorée de leurs bassins, elle irrite leur peau et leurs yeux, ce qui peut parfois mener à des complications.


Enfin, John assiste à des séparations entre les mères et leurs petits, qui sont envoyés dans d’autres parcs aquatiques. Ainsi, la séparation de Kasatka, dont il était très proche, de sa petite Takara, lui brise le cœur : la mère émet des ondes longue distance pour tenter de localiser son bébé. Lorsqu’elles vivent en liberté, les mères restent auprès de leurs petits au moins 15 ans, comme le rappelle John : « Elles sont très attentionnées envers eux, et elles n’hésitent pas à se battre pour protéger ceux qu’elles aiment. » John prend conscience que les orques, comme les autres animaux sauvages, souffrent probablement lorsqu’elles sont enfermées : « Nous, les dresseurs, nous espérions que notre amour pour elles compenserait le fait qu’elles soient enfermées, mais rien ne peut remplacer le fait d’être libres dans l’océan, avec leurs familles. »

John se rend compte aussi qu’en captivité, les orques peuvent devenir agressives envers les humains, même quand elles les apprécient : « Lorsqu’on nage avec les orques, nos relations avec elles doivent être fortes car ce sont des animaux très dangereux. Être proche des orques ne garantit pas qu’un accident ne vous arrivera pas : cela en réduit simplement les chances. » Ainsi, malgré les liens forts qu’il entretient avec Kasatka, John s’est un jour retrouvé en danger à ses côtés : isolé des autres soigneurs alors que l’orque l’entraîne loin des bords du bassin, John craint pour sa vie… À raison : durant la période pendant laquelle il a été employé de SeaWorld, deux de ses collègues ont été tués par des orques.


Vers la défense de tous les animaux !


En 2012, John prend la décision de démissionner : « La plupart des gens pensent que la mort de mes collègues Dawn Brancheau et Alexis Martinez a causé mon départ, mais c’est faux. Je suis parti parce que SeaWorld insémine artificiellement les femelles, alors même qu’elles sont très jeunes, puis les sépare de leurs petits – ce que la compagnie continue de nier. »

Suite à cette décision, John a commencé à militer pour la défense des animaux, et contre la captivité des cétacés : il a par exemple participé au documentaire Blackfish, dans lequel plusieurs anciens dresseurs de SeaWorld racontent leur expérience auprès des orques en captivité. Il a aussi écrit un livre, et pris la parole dans de nombreux médias pour dénoncer la captivité des animaux sauvages. Mais l’une de ses plus grandes fiertés est d’avoir témoigné en tant qu’expert, devant les tribunaux, afin d’obtenir l’interdiction de la reproduction des cétacés en captivité : un succès ! En 2016, SeaWorld annonce mettre fin à l’insémination des orques dans ses bassins aux États-Unis : c’est une étape très importante, qui signifie que la compagnie cessera les spectacles de cétacés lorsque les orques actuellement captives seront mortes. John se mobilise aussi en France aux côtés de l'association One Voice, afin que les orques avec lesquelles il a travaillé au Marineland d’Antibes soient relâchées.

Même si le public se mobilise de plus en plus contre la captivité des cétacés, et que l’interdiction de la reproduction des cétacés en captivité gagne du terrain (cette mesure a aussi été adoptée au Canada), John a peu d’espoir pour les animaux qu’il a connus lorsqu’il était dresseur : « Ces orques ne seront libres qu’à leur mort. Comme leur espérance de vie est réduite en captivité, elles vont mourir dans ces bassins, très rapidement. Toutes les orques de SeaWorld et de Marineland seront mortes d’ici 15 ans. Oui, c’est triste – mais elles seront enfin libres. » (ndlr : dans leur milieu naturel, les orques mâles vivent en moyenne 60 ans, et les femelles, 90 ans.)

Mon Journal Animal Hors série Rencontres extraordinaires

Mon Journal Animal : Rencontres extraordinaires !


Si l'histoire de John vous a plu, découvrez d'autres récits de rencontres extraordinaires entre des humains et d'autres animaux dans le nouveau hors série de Mon Journal Animal !

Comment Bruno a-t-il rencontré Fifine, la renarde ? Qui est Pataplouf, le meilleur ami d'Antoine ? Comment Mackenzie a-t-elle décidé de sauver Ellie Mae de l'abattoir ?


En plus, dans ce numéro : des jeux, des posters, des tests... À découvrir dès aujourd'hui sur notre boutique en ligne !