"Toutes les espèces animales sont uniques et importantes" : Rencontre avec Vipulan du film "Animal"

En participant au dernier documentaire de Cyril Dion, "Animal", Vipulan a rencontré des connaisseurs du monde animal. Que lui ont-ils appris ?

Quand il n’est pas dans une manif, dans des lieux militants ou dans une maraude pour venir en aide aux plus précaires, Vipulan Puvaneswaran étudie les sciences pour un monde durable à l’université. Il sait que l’écologie, c’est avant tout agir pour le monde vivant… et donc pour les animaux !

Bonjour Vipulan ! Tu es engagé pour le climat, mais aussi pour les animaux. D’où te viennent ces engagements ?

J’ai commencé à me mobiliser pour protéger l’environnement quand j’avais environ 15 ans, lors des grèves pour le climat. Il n’y avait pas vraiment eu de déclic, mes idées ont évolué petit à petit, et elles continuent d’évoluer : depuis le tournage du film Animal, par exemple, mon engagement a encore changé, et mes idées politiques ou philosophiques ont aussi changé ! 

Tu es quelqu’un de très engagé, pourtant les nouvelles ne sont pas toujours très bonnes, et parfois il est difficile de se dire qu’on va pouvoir changer les choses… Qu’est-ce qui te motive ?

Je crois qu’il ne faut pas être défaitiste, sinon on reste dans une espèce d’inaction. Je suis convaincu que les choses peuvent changer pour le vivant dans sa globalité et sa complexité (donc y compris les humains): il faut faire selon chaque situation précise, selon chaque lutte précise, et essayer de penser comment remporter la victoire sur ce point-là, tout en pensant l’action au sein de la complexité du monde.

Dans Animal de Cyril Dion, tu pars à la rencontre de nombreux spécialistes des animaux, avec Bella Lack, une autre jeune militante. Quelles rencontres t’ont marqué ?

L’une des rencontres qui m’a le plus marqué, c’était lors de la visite d’un élevage de lapins. Face aux animaux enfermés dans des cages, au début on ressent une espèce d’indignation, de haine, de colère… Pourtant, on se rend aussi très vite compte que l’éleveur est également victime du système : il est bloqué par ses liens avec la coopérative, à qui il doit beaucoup d’argent, alors qu’il en gagne très peu… Cet éleveur est aussi victime de ce système (alors qu’il veut en sortir), il est un allié dans notre lutte.

Une autre rencontre déterminante est celle de Baptiste Morizot : c’est un philosophe, mais un philosophe de terrain, qui pense le vivant. Il nous ouvre de nouvelles perspectives : il réfléchit beaucoup sur la cohabitation entre les espèces, en partant de l’exemple du loup qu’il a beaucoup étudié. 

Bella et Vipulan dans un élevage de lapins pour la viande

Dans le documentaire, tu dis que « Comprendre, c’est tout aussi important qu’agir ». Pourquoi ?

Parce que c’est à partir des idées qu’on peut avoir des actions puissantes. Aujourd’hui, quand on parle d’écologie, il y a une perte de profondeur en termes d’idées. Mais penser, c’est aussi important qu’agir : aujourd’hui on nous fait croire que nous, les humains, on serait la seule espèce prodigieuse et intéressante, alors que toutes les espèces d’animaux sont uniques, importantes et dépendantes les unes des autres. Pas que l’espèce humaine ! Baptiste Morizot dit qu’il faut inventer une nouvelle culture du vivant, qui serait une nouvelle attention politique qu’on confèrerait à l’ensemble du monde vivant.

Autre chose : il est important d’ « apprendre à voir », comme le dit l’historienne de l’art Estelle Zhong Mengual, et qui est aussi le titre de son livre. Lorsqu’on voit une forêt ou une montagne, on a tendance à juste se dire que c’est un beau paysage, comme si cet espace était créé pour le regard des humains. Alors qu’en fait, c’est le lieu de vie de nombreux animaux, qui habitent dans cet espace avec des relations nombreuses et complexes ! 

Alors, que peut-on faire pour les animaux ?

La première chose que l’on peut faire, c’est réduire sa consommation de viande, devenir végétarien ou même vegan (si vous vous demandez pourquoi, on vous apporte les réponses dans notre film !). On peut aussi essayer de se mobiliser avec les autres, avec ses parents, ses amies, ou en mettant en place un projet dans son école ou rendre plus vivante la forêt à côté de chez soi par exemple : c’est en s’engageant qu’on peut faire vivre une réelle écologie. 

Quelles sont les prochaines étapes pour toi, après la sortie du film ?

Je pense continuer à militer, bien sûr ! Et poursuivre mes études. Plus tard, j’aimerais bien travailler dans la recherche en biologie : c’est une décision que j’ai prise pendant le tournage d’Animal. Avant, je voulais travailler dans la recherche sur le climat, mais la thématique du vivant me semble encore plus importante et passionnante aujourd’hui. 

Animal, l'affiche du film

Animal, le film


« Il y a cinq ans j’ai co-réalisé avec Mélanie Laurent un film, Demain, pour montrer qu’il existe des solutions à la crise climatique. Aujourd’hui, Animal s’attaque à l’autre grande crise écologique : la 6ème extinction de masse des espèces. Ces 40 dernières années 68% des populations d’animaux sauvages vertébrés ont disparu. Le film nous emmène dans un voyage à travers le monde pour comprendre ce phénomène, et surtout, comment nous pourrions l’enrayer. Nous voulons tracer une autre histoire possible de l’avenir. Redonner espoir et enthousiasme. Nous en avons plus que jamais besoin. »

Cyril Dion