Sarah El Haïry est la Haute-Commissaire à l’Enfance du gouvernement. Son rôle est de défendre les droits des enfants et de mieux les protéger. y a-t-il des points communs entre la protection des enfants et la défense des animaux ? C’est une des questions qu’Achille, Alissia, Julia et Thaïs, jeunes lecteurs et lectrices de Mon journal animal, ont souhaité lui poser lors d’une rencontre exclusive.
Alissia
Bonjour Mme El Haïry. Quand vous étiez une enfant comme nous, viviez-vous avec des animaux, et était-ce important pour vous ?
Sarah El Haïry : Bonjour, et merci pour vos questions. Je suis très heureuse de vous accueillir ici, car je trouve important de discuter avec vous des sujets que vous trouvez importants. Oui, j’ai eu la chance de grandir avec beaucoup d’animaux. Notre premier chien, un caniche, s’appelait Dina. Ensuite, nous avons vécu avec un épagneul breton. Quand je suis devenue un peu plus grande, j’ai adopté un chat qui s’appelait Gaïa. Aujourd’hui, comme je travaille à Paris et que je suis aussi souvent à Nantes, c’est un peu difficile pour moi d’accueillir un animal à la maison. Alors, j’attends que ma vie se stabilise un petit peu pour l’envisager de nouveau.
Achille
Y a-t-il un animal qui vous a particulièrement marqué dans votre vie ?
Un jour, j’ai participé à une action pour protéger des hérissons, et je me suis rendu compte que je n’en avais jamais vu de près. J’avais été sensibilisée par une association qui montrait à quel point ils peuvent malheureusement être mis en danger par la circulation automobile. J’aime bien aussi les paresseux, car ils sont très calmes.
Julia
Quelle question aimeriez-vous poser à un animal si vous pouviez lui parler ?
Cette année, j’ai découvert ce qu’on appelle les chiens de « soutien émotionnel » : ce sont des animaux qui accompagnent parfois, dans les tribunaux ou à l’hôpital, des enfants qui ont vécu des choses difficiles ou qui ont un handicap, par exemple. C’est impressionnant de voir comment ils communiquent sans utiliser de mots. Je trouve que les animaux sont vraiment dans le moment présent. Dans ces conditions, les échanges avec eux sont très forts !
Si c’était possible, j’aimerais bien leur demander ce qu’ils voient et que nos yeux d’adultes ne voient pas… Parce que ces animaux arrivent parfois à rassurer, à réconforter les enfants… ce que les parents ou d’autres adultes n’arrivent pas toujours à faire.
Thaïs
Voyez-vous des points communs entre la défense des animaux et la protection des enfants ?
Oui, je trouve qu’il y en a beaucoup ! D’abord, il y a une vulnérabilité commune : les enfants et les animaux vivent dans un monde d’adultes, qui n’a pas toujours été bien pensé pour eux. Il y a des enfants qui, comme les animaux, ne peuvent pas parler. Il faut que les adultes apprennent aussi à comprendre ce ressenti sans langage. Mais quand on le peut, il est très important de parler. Si un jour vous avez un problème : dites-le à un adulte de confiance. Je sais que c’est dur ce que je vais vous dire, mais si vous avez le sentiment que la personne ne vous a pas cru, dites-le à un autre adulte jusqu’à ce qu’on vous croie.
Ensuite, dans les familles où il y a de la maltraitance animale, on découvre souvent qu’il y a aussi de la maltraitance entre humains. En ce moment, je travaille avec la Fédération des vétérinaires sur ce sujet : j’aimerais que les vétérinaires qui constatent des maltraitances sur les animaux lors des consultations puissent faire des signalements aux services sociaux pour qu’ils vérifient s’il n’y a pas d’autres violences à la maison. Parce que je pense que dans une famille, en protégeant les enfants, on protège aussi les animaux. Et on peut protéger les animaux pour protéger aussi les enfants.
Enfin, je crois que s’occuper d’un animal permet d’apprendre à prendre soin des autres. Comme nous, les animaux ont des besoins : ce ne sont pas des jouets. Ils ont des idées, des émotions ; ils doivent manger, être actifs, certains doivent être promenés. Ils peuvent avoir peur, tout comme vous et moi. Je crois qu’on doit intégrer cela dans nos réflexions et dans toute notre vie commune avec eux.
Merci beaucoup Mme El Haïry pour ces échanges, et merci de nous avoir reçus !
Photos réalisées par Diane Fairshot / Fairshotphoto.com