Cet article est paru dans le n° 22 de Mon journal animal.
L’éthologie est une science assez méconnue : c’est une branche palpitante de la biologie (qui est une science passionnante aussi !) qui s’approche au plus près des animaux. En quoi consiste ce métier, et comment devient-on éthologue ? C’est ce que nous avons demandé à l’éthologue Jessica Serra !
Bonjour Jessica ! Le métier d’éthologue est peu connu : en quoi consiste-t-il exactement ?
Alors, un éthologue est un scientifique qui étudie le comportement des animaux. Le but ? Faire progresser nos connaissances sur eux, comprendre comment ils vivent, communiquent, nouent des relations, réfléchissent, apprennent, prennent des décisions… Le travail des éthologues consiste essentiellement à les observer.
Pendant cette phase d’observation, les éthologues notent tout ce que font les animaux : par exemple, ils peuvent faire un tableau pour compter combien de fois ils mangent, jouent ou dorment, à quelle heure, etc. Ensuite, ils analysent tous ces comportements pour en tirer des conclusions. Par exemple, j’avais équipé une centaine de chats de colliers GPS pour savoir où ils vont quand leur maître est absent, quelle distance ils parcourent, quelle est la taille de leur territoire… Ça nous a appris beaucoup de choses sur leurs habitudes et leur comportement, et particulièrement la nuit !
Comment devient-on éthologue ? Y a-t-il des études pour apprendre à observer scientifiquement les animaux ?
Oui, il y en a, et c’est passionnant ! On peut suivre un parcours à l’université en commençant par une licence de biologie, puis en poursuivant par un master spécialisé en éthologie. L’éthologue peut alors exercer son métier, par exemple dans un refuge pour animaux. Mais on peut aussi choisir de devenir « chercheur éthologue », en effectuant un master recherche, puis une thèse. Ce sont des études qui durent 8 ans après le bac. C’est la voie que j’ai choisie, car elle permet de partager les connaissances en éthologie en publiant des articles scientifiques.
Jessica Serra est docteure en éthologie et autrice de plusieurs livres, dont Dans la tête d’un chat. Elle dirige aujourd’hui la collection « Mondes animaux » : des livres qui proposent des voyages incroyables… en nous projetant dans la tête de différents animaux !
Tu diriges une collection de livres qui s’appelle « Mondes animaux ». On y trouve, par exemple, des livres comme Dans la tête d’un cheval, Dans la tête d’une araignée… Est-ce que la science peut rendre service aux animaux ?
Je suis convaincue que plus on connaît les animaux, plus on fait attention à eux. Les éthologues ont fait de grandes découvertes ces dernières années, qui montrent que les animaux ressentent de nombreuses émotions, sont intelligents chacun à leur manière, n’aiment vraiment pas la peur ou la douleur. Comme nous, les animaux sont des êtres sensibles… qui ressentent beaucoup de choses et qui tiennent à leur vie !
On a longtemps pensé que les animaux ne réagissaient, ne criaient ou ne gémissaient que par réflexe. Depuis, de nombreuses découvertes scientifiques ont démontré, en analysant leur anatomie et leur comportement, que la plupart des animaux ressentent une grande variété d’émotions, telles que la joie, le plaisir, la peur, la colère, le stress, la douleur, l’attachement, le dégoût, mais aussi, pour certains, des émotions fines comme la jalousie ou l’empathie.
Et donc des émotions positives aussi ?
Oui, beaucoup d’animaux recherchent certaines expériences uniquement pour le plaisir qu’elles procurent. Les chats entrent en extase au contact de la cataire (une plante appelée aussi « herbe à chat »), les éléphants s’enivrent avec des fruits fermentés riches en alcool, les rats jouent à cache-cache pour le seul plaisir du jeu, les dauphins créent des cercles de bulles d’air par pur amusement et les chimpanzés rient à la manière des humains. Et il y a plein d’autres exemples !
Ces découvertes peuvent-elles aider les animaux, d’après toi ?
Selon moi, toutes ces découvertes nous invitent à mieux considérer les animaux qui vivent autour de nous. C’est pourquoi j’écris des livres qui présentent chaque animal comme un individu à part entière, ayant une personnalité unique. Donc oui, la science est très importante pour aider à mieux connaître les animaux, et donc… à mieux les défendre.