Cet article est paru dans le n° 23 de Mon journal animal.
Devinette : qu’ont en commun une pie, un renard, un étourneau ou un ragondin ? Eh bien, ce sont des animaux considérés par les humains comme « nuisibles ». il y a même d’autres animaux dans cette liste. sont-ils vraiment embêtants, dangereux ou gênants ? Mon journal animal a mené l’enquête… à la recherche de solutions !
Vous avez dit « nuisible » ?
Aujourd’hui, le mot « nuisible » n’est plus utilisé officiellement en France pour les animaux qui nous gênent. Il a été remplacé par une expression compliquée : on parle désormais d’espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD).
Cela veut dire qu’on considère que ces animaux peuvent poser des problèmes aux activités humaines, par exemple à l’agriculture ou à l’élevage, ou qu’ils peuvent représenter un risque pour la sécurité ou la santé des gens. Mais attention : être classé ESOD ne veut pas dire qu’un animal est méchant, inutile ou mauvais. C’est un classement administratif, décidé par les humains… et dans l’intérêt des humains.
Mais qui sont ces animaux « gênants » ?
Parmi les ESOD, on trouve des animaux bien connus : les renards, les pies, les corneilles, les ragondins… Selon l’endroit où l’on vit en France, la liste des animaux ESOD change : elle est décidée par l’État et par les préfectures de chaque département. Ainsi, un animal peut être classé ESOD dans un endroit… mais pas dans un autre !
Qu’est-ce qu’on leur reproche ? Eh bien, on reproche à ces animaux de manger des cultures, d’abîmer des installations comme les lignes SNCF ou les berges des cours d’eau, de vivre trop près des humains, ou d’être trop nombreux dans certains lieux. Mais on peut aussi se demander : ces animaux causent-ils des dégâts parce qu’ils seraient « en trop »… ou parce que les humains ont transformé presque tous les espaces sauvages où ils vivaient ? Souvent, les animaux s’adaptent simplement aux villes, aux champs et aux routes que nous avons construits là où ils habitaient.



Comment règle-t-on les problèmes ?
Souvent, la réponse est simple (et brutale) : on capture ou on tue les animaux concernés. Mais, selon de nombreux scientifiques, ces méthodes ne sont pas très efficaces. Bien souvent, quand on élimine des animaux, d’autres arrivent rapidement pour prendre leur place, ou les survivants se reproduisent davantage et le « problème » revient, parfois encore plus fort. C’est par exemple le cas des pigeons en ville, dont les fientes (les crottes d’oiseaux) agacent certains habitants ou abîment les installations humaines.
Face aux limites de ces méthodes, de plus en plus de villes et de pays cherchent des solutions plus efficaces mais aussi plus respectueuses des animaux. Par exemple, à Strasbourg, Bruxelles, Montpellier, Roubaix ou Périgueux, les mairies ont installé des pigeonniers contraceptifs pour limiter les populations de pigeons. Ils y sont nourris, et leurs œufs sont retirés avant que les petits ne se forment à l’intérieur. Ainsi, les populations de pigeons se stabilisent doucement.
Autre exemple : la Flandre est une région de Belgique où le gouvernement a donné des consignes respectueuses pour protéger les cultures des lapins qui viennent les manger. Les agriculteurs reçoivent même des conseils pour protéger leurs champs avec des clôtures et d’autres moyens non violents (ultrasons, épouvantails) pour les lapins. Un exemple à suivre ?
Et à New York (États-Unis), la municipalité a modifié les horaires de ramassage des poubelles : les éboueurs passent désormais le soir au lieu de passer le matin, pour réduire la disponibilité de nourriture pour les rats durant la nuit. Ce simple changement d’horaire a contribué à une baisse des signalements de rats dans certains quartiers de la ville, comme le Bronx ou Harlem, sans recours massif à des méthodes létales (mortelles). Il suffisait d’y penser ! D’autres villes rendent les déchets moins accessibles aux rats par d’autres moyens : horaires stricts de sortie des sacs, conteneurs enterrés ou bien fermés…
Ainsi, pas besoin d’empoisonner les rats. Certains scientifiques disent même que sans la présence des rats qui mangent certains de nos déchets, nos villes seraient beaucoup plus sales ! En fait, selon de nombreux scientifiques et spécialistes de l’écologie urbaine, les animaux que nous appelons « nuisibles » sont souvent ceux qui s’adaptent le mieux à un monde que nous avons transformé ou abîmé.
Les renards : nuisibles ou amis ?
Bruno-Gilles est photographe animalier. Depuis des années, il observe une renarde qu’il a appelée Fifine. Il ne la nourrit pas, ne l’apprivoise pas, mais apprend à la connaître et à la respecter. Fifine ne nuit pas aux humains : elle élève et nourrit ses petits, joue, disparaît parfois… puis revient passer du temps avec Bruno-Gilles, à l’endroit où ils ont pris l’habitude de se retrouver dans la forêt.
Cette histoire vraie montre qu’en prenant le temps d’observer, la peur peut laisser place à la compréhension et à la rencontre ! Bruno-Gilles a même publié un livre qui raconte leur étonnante amitié.
Vivre ensemble ?
Et si on considérait les animaux dits « nuisibles » autrement ? Pourrait-on les voir comme nos voisins sauvages, qui essaient de survivre avec leurs familles dans un monde où les humains prennent de plus en plus de place ? Et si apprendre à partager l’espace et les ressources, c’était protéger tous les animaux et apprendre à mieux vivre ensemble ?