Que d’émotions !

Cet article est paru dans le n° 22 de Mon journal animal.

Comme nous, les animaux ont aussi une vie émotionnelle très riche. Alors, que ressentent-ils, et comment font-ils pour exprimer leurs émotions ?

Émotion ou sentiment ?

Pas simple de faire la différence entre les deux. L’émotion est quelque chose que l’on ressent sur l’instant et qui est passager. Le sentiment est un mélange de plusieurs émotions, et c’est quelque chose qui dure dans le temps, comme l’amour par exemple. Les émotions principales sont connues : la peur, la joie, la surprise, le dégoût, la tristesse et la colère. Différentes choses peuvent déclencher les émotions. Par exemple, un bruit inattendu qui provoque la surprise, ou la joie qu’on ressent à savourer un délicieux gâteau. Pour les animaux c’est la même chose, mais elles ne s’expriment pas exactement comme pour nous

Des larmes de crocodile

Cette expression très connue a un fond de vérité, car en effet, les crocodiles peuvent pleurer. Mais en réalité, des larmes coulent de leurs yeux lorsqu’ils mangent : c’est un réflexe qui est lié à la salivation. Ces larmes coulent aussi lorsqu’ils restent hors de l’eau, pour humidifier leurs yeux. Même si les crocodiles ne pleurent pas de tristesse, chez les animaux, la tristesse est exprimée de bien des manières : le repli sur soi, l’isolement, le manque d’appétit, etc.

Dessin de crocodile qui pleure

Un exemple fascinant est celui de ces chèvres qui s’évanouissent de surprise ! Il s’agit des chèvres Tennessee (ou myotoniques) qui vivent aux États-Unis. Quand elles sont surprises ou qu’elles ont peur, leurs muscles se raidissent et elles tombent pendant quelques secondes. Heureusement, elles apprennent à s’adosser contre un mur ou une autre chèvre pour ne pas se faire mal ! Les vaches, elles, ont la vision qui rétrécit quand elles ont trop peur. On pourrait citer des tonnes d’exemples car l’observation de l’expression des émotions des animaux ne date pas d’hier. En 1872, Charles Darwin a publié un ouvrage entier dédié à cette étude !

Crier, sauter, rougir, courir

Que fait-on lorsqu’on a peur ? On s’enfuit, on peut crier, se cacher, on a le cœur qui bat, on peut aussi rougir. Eh bien, les poules sont comme nous ! Lorsqu’elle a peur, une poule peut battre des ailes, pousser des cris stridents, courir se mettre à l’abri dans son poulailler, et souvent elle rougit ! Si sa crête passe de rose pâle à rouge vif, cela signifie qu’elle a eu très peur. Heureusement, la couleur normale revient au bout de quelque temps, lorsque la poule est rassurée.

Belle poule blanche dans l'herbe
Daisy coule des jours paisibles au refuge GroinGroin. Elle est très câline et aime particulièrement les gratouilles sous le cou. Crédit photo : Ludovic Sueur

Que fait-on lorsque l’on est en colère ? Eh bien, comme les cochons, on grogne, on crie, on a des gestes brusques, on a la mâchoire qui se serre. Un cochon, lorsqu’il éprouve de la colère, peut grogner et pousser des cris très sonores, il peut charger (foncer sur ce qui le met en colère), il peut vouloir mordre. Cette agressivité montre bien qu’il est très fâché. Bien sûr, lorsqu’il a de quoi bien manger, un bon bain de boue, un nid de paille douillet pour dormir et des copains, il n’y a pas de raison que la colère le submerge. Et comme lui, on peut parfois être en colère sans pour autant avoir un caractère de cochon !

C’est pas juste !

La frustration, quel sentiment difficile à accepter ! On peut alors ressentir un mélange de jalousie et de colère. Un éthologue célèbre, Frans de Waal, a étudié ce sentiment de frustration chez certains singes, notamment les capucins. Deux singes sont placés l’un à côté de l’autre, chacun dans un espace clos, séparés par une vitre. Au départ, tous deux reçoivent des morceaux de concombre qu’ils sont heureux de manger. Ensuite des grains de raisin bien sucrés sont donnés à l’un, mais pas à l’autre. Voyant que la friandise était réservée à son camarade, le second singe se met aussitôt en colère, criant et s’agitant dans tous les sens. Cette expérience éprouvante pour les animaux montre que les primates ressentent bien le sentiment de frustration.

Aider son prochain

L’empathie est un sentiment qui ne nous est pas réservé, on trouve cette capacité chez de nombreux animaux. C’est un sentiment complexe, qui est souvent le résultat de ce que les scientifiques appellent la « contamination émotionnelle ». On ne l’attrape pas comme un rhume, mais le fonctionnement est le même. Si quelqu’un à côté de nous ressent une émotion forte, positive ou négative, comme la joie, la peur, la colère, il y a de fortes chances qu’on soit contaminé par son émotion. S’il est en difficulté, nous allons vouloir l’aider ; s’il pleure de rire, nous pouvons avoir envie de rire avec lui.

Jolie vache blanche et marron couchée dans un pré
La vache Zee est très extravertie et curieuse, elle adore jouer et se rouler par terre pour être caressée sur le ventre ! Crédit photo : Ellie Mae Farm Sanctuary

Les rats aussi font preuve d’empathie : il a été démontré que si un rat peut avoir accès sans problème à une gourmandise (du chocolat, dont il raffole) et qu’un de ses camarades est juste à côté de lui, enfermé sans pouvoir sortir de son enclos, le premier rat va d’abord libérer son camarade et ensuite seulement manger le chocolat. Le rat va d’abord penser à son ami avant de penser à lui. Sympa !

Ah, l’amour !

Que ressent-on quand on aime ? Une chaleur dans le corps, un apaisement ; on a des gestes de tendresse, on se sent en confiance. On sait que les chats ronronnent de plaisir, mais les vaches aussi ! Certaines adorent les caresses, comme Zee, une vache qui vit dans un refuge et qui adore se rouler sur le dos pour qu’on lui gratouille le ventre. L’histoire ne dit pas si, elle aussi, ronronne de bonheur. L’amour et l’attachement peuvent être vécus par deux animaux d’espèces différentes qui ont créé des liens forts.

Câlin entre un mouton et un chat tigré gris aux yeux verts, dans un pré
Moment de tendresse entre Mercury le chat et Robert le mouton. Abandonnés ou victimes de maltraitances, ils vivent aujourd’hui heureux dans un refuge. Crédit photo : Leilani Farm Sanctuary