Des hippopotames… en Colombie !

Cet article est paru dans le n° 17 de Mon journal animal

Des dizaines d’hippopotames vivent libres et heureux en Colombie. Mais leur présence en Amérique du Sud pose pas mal de problèmes. comment sont-ils arrivés là ? Quel est leur avenir ? Menons l’enquête sur cette situation peu ordinaire !

Des poids lourds amphibies et… en danger

Les hippopotames mâles, plus grands que les femelles, mesurent même de 3,30 à 3,75 mètres de long et pèsent de 2,5 à 3,5 tonnes. Leurs oreilles minuscules et leurs narines se ferment quand ils plongent : pratique quand on passe la journée dans l’eau pour se protéger du soleil. Mais la nuit, ils en sortent pour se nourrir. Ils peuvent donc vivre à l’air ou dans l’eau : ce sont des animaux amphibies, d’où leur nom scientifique : Hippopotamus amphibius.

Les hippopotames sont des animaux d’Afrique, mais pas seulement. Car des hippopotames vivent aussi en Amérique du Sud, en Colombie ! Mais que font-ils là ? C’est une histoire incroyable ! En 1978, le criminel colombien Pablo Escobar a acheté une immense propriété, une hacienda, au centre de la Colombie. Il y a fait amener illégalement des animaux sauvages des quatre coins du monde, par exemple des girafes, des chameaux, et… quatre hippopotames ! Lorsque Escobar a été tué par la police en 1983, son hacienda a été confisquée par l’État colombien, et transformée en parc national et en centre de loisirs. Tous les animaux ont été déplacés dans des zoos, sauf les hippopotames parce que ça coûtait trop cher. Ils ont été abandonnés sur place !

Les quatre compères, un mâle et trois femelles, ont fait des petits et leur famille s’est beaucoup agrandie. En 2007, un hippopotame intrépide nommé Pepe et sa compagne ont réussi à rejoindre le fleuve voisin, le Magdalena. Inquiètes, les autorités ont décidé de faire abattre le pauvre Pepe, seulement coupable d’avoir eu envie de liberté… Mais l’opinion publique a été choquée par la mort de Pepe. De nombreuses personnes se sont mobilisées pour défendre les hippopotames, et il a alors été interdit de les tuer.

Les hippos de la discorde

Avec le temps, de plus en plus d’hippopotames ont rejoint le Magdalena et s’y sont reproduits. Aujourd’hui, plus de 80 hippopotames y vivent paisiblement. Une partie de la population locale est très contente de leur présence, qui attire les touristes et est donc positive pour l’économie. Certains habitants aiment aussi vivre avec des hippopotames à proximité. Clara Nuñez, une villageoise, explique : « C’est comme si nous étions en Afrique. Nous sommes des privilégiés. »

Mais le troupeau grandissant inquiète aussi beaucoup de gens. Les hippopotames dérangent certains animaux locaux, comme les lamantins ou les loutres. Leurs excréments modifient la composition de l’eau, et les poissons en souffrent. En plus, les hippopotames sont des animaux assez imprévisibles et territoriaux. Même s’ils sont herbivores, ils peuvent être très dangereux : en Afrique, des dizaines de personnes sont malheureusement tuées chaque année par ces animaux.

La nuit, quand ces gros herbivores cherchent des pâturages pour se nourrir, ils peuvent s’éloigner de plusieurs kilomètres des rivières. Parfois, ils entrent même dans les villages. Dans l’eau, ils peuvent aussi faire chavirer de petits bateaux. On comprend qu’ils fassent peur… Et en Colombie, on estime que leur population pourrait atteindre jusqu’à 5 000 individus d’ici 2050. Outch, ça fait beaucoup !

Hippopotame dans une rivière qui ouvre grand la gueule.

Hippopotame, quel drôle de nom !

Il vient du grec ἵππος (hippos), « cheval », et ποταμός (potamos) « fleuve », c’est-à-dire : cheval d’eau. Mais la science indique que les hippopotames sont plus proches des mammifères marins, comme les baleines, que des mammifères terrestres, comme les chevaux. Étonnant, non ?

En Afrique, les hippopotames sont menacés par la diminution de leur habitat, et le braconnage pour leur viande et l’ivoire de leurs grandes dents.

Des défis de taille

Pour éviter qu’il y ait vraiment trop d’hippopotames, une solution a été trouvée : la stérilisation. Les premiers animaux ont été stérilisés par une opération, mais c’était compliqué et dangereux pour eux : il fallait les attraper, les endormir… L’association Cornare, qui surveille et aide ces animaux, a fni par trouver une autre solution : depuis quelques années, elle les stérilise avec… un vaccin ! Gina Serna, vétérinaire de Cornare, explique : « Avec ce médicament, nous n’avons pas besoin d’anesthésier ou de capturer les animaux. Nous leur injectons simplement le contraceptif à l’aide de pistolets à fléchettes ». 

Et en plus, ça coûte moins cher ! En Espagne, ce vaccin est d’ailleurs déjà utilisé pour limiter pacifiquement les populations de sangliers. À ce jour, 13 hippopotames ont été stérilisés par opération chirurgicale, 38 par vaccin contraceptif, et 7 ont été déplacés dans des zoos. Mais les envoyer dans un zoo les sépare de leur groupe, et ils y sont beaucoup moins tranquilles que dans la rivière…

En 2021, un tribunal de l’État de l’Ohio, aux États-Unis, a reconnu que les hippopotames de Colombie avaient une personnalité juridique. Ça veut dire que ce tribunal les reconnaît comme des personnes, ce qui leur donne une protection juridique. Cette décision ne s’applique pas en Colombie, mais c’est quand même une très bonne nouvelle pour ces animaux, parce qu’elle aidera à mieux les défendre. Souhaitons-leur de continuer à vivre en paix dans le Magdalena, un fleuve colombien aux airs un peu africains !

Hippopotame se prélassant près du Magdalena, en Colombie.