Jane Goodall, Ma vie avec les chimpanzés

Texte à étudier :

Lisez attentivement l’extrait et répondez aux questions suivantes :

En 1964 quand Flint est né, Flo dirigeait toutes les autres femelles de sa communauté. Et malgré son âge avancé – les chimpanzés dépassent rarement les cinquante ans et Flo en avait trente-cinq – elle prenait toujours la défense de Flint avec beaucoup de détermination si jamais il était menacé. Le reste de la famille – en particulier Fifi, mais aussi Figan et Faben qui était adulte – veillait également à la protection du petit Flint. Il en devint presque arrogant. Il lui arrivait de narguer ou même de menacer des chimpanzés vieux et plus fort que lui, sachant pertinemment que, s’il risquait des représailles, sa mère, sa sœur ou l’un de ses frère volerait à son secours. À l’âge de quatre ans, Flint était le parfait exemple de l’enfant gâté.

C’est alors que les choses commencèrent à mal tourner pour lui : Flo voulu le sevrer. Elle se mit à le repousser systématiquement lorsqu’il essayait de téter. Quand il sautait sur son dos pendant les promenades, elle le faisait basculer. Beaucoup de jeunes deviennent irritables pendant le sevrage. Ils ont fréquemment des crises de nerfs durant lesquelles ils s’agitent en tous sens et crient jusqu’à s’en étrangler. Flint, qui avait été trop gâté, se mit à piquer de terribles crises de colère. Il lui arriva même de mordre ou de taper sa mère. Il se montra si violent et si acharné, que Flo n’était toujours pas parvenue à le sevrer lorsqu’elle mit au monde un autre petit.

Questions :

  • Est-il pertinent de parler d’anthropomorphisme dans cet extrait ou la comparaison des chimpanzés avec les humains est justifiée ? 
  • Le comportement des chimpanzés dans cet extrait est-il dicté par l’instinct ou s’agit-il d’émotions et de réflexions conscientes ? 
  • Jane Goodall a été critiquée parce qu’elle nommait les chimpanzés qu’elle étudiait, pourquoi ce choix a-t-il été reproché ? Qu’apporte-t-il ?

Réponses :

1) Est-il pertinent de parler d’anthropomorphisme dans cet extrait ou la comparaison des chimpanzés avec les humains est justifiée ?

On peut parler d’anthropomorphisme si on projette sur les chimpanzés des intentions humaines très précises (“il fait ça pour se venger”, “elle veut lui donner une leçon”, etc.). Mais dans cet extrait, la comparaison avec l’humain est largement justifiée parce que Goodall décrit des comportements observables (protection, dépendance, sevrage, crises) qui existent aussi chez l’humain, sans forcément inventer des pensées. Les expressions comme “enfant gâté” sont des outils de compréhension : elles rapprochent le lecteur, mais elles restent crédibles car elles s’appuient sur des faits (Flint provoque les autres car il sait qu’il sera défendu ; il réagit violemment au sevrage).

2) Le comportement des chimpanzés dans cet extrait est-il dicté par l’instinct ou s’agit-il d’émotions et de réflexions conscientes ?

C’est très probablement un mélange :

  • Instinct / bases biologiques : la protection maternelle et le sevrage répondent à des mécanismes évolutifs (survie du petit, espacement des naissances, énergie de la mère).

  • Émotions : la frustration, l’angoisse, l’attachement et la colère de Flint pendant le sevrage ressemblent à des états émotionnels, visibles dans ses crises et ses gestes.

  • Ébauche de stratégie / apprentissage social : Flint “nargue” des chimpanzés plus forts parce qu’il “sait” que sa famille le protégera. Même si on ne peut pas prouver une réflexion complexe comme chez un adulte humain, le texte suggère au minimum une anticipation fondée sur l’expérience (il a appris le rapport de forces et l’appui du groupe).

Donc ce n’est pas “instinct OU conscience” : c’est une conduite où l’instinct, l’émotion et l’apprentissage social se combinent.

3) Pourquoi le fait que Goodall nomme les chimpanzés a-t-il été reproché ? Qu’apporte-t-il ?

Pourquoi cela a été reproché :

  • Parce que nommer des animaux était vu comme une forme d’anthropomorphisme : on craignait que Goodall projette des sentiments humains et perde la “neutralité” scientifique.

  • Parce que la recherche de l’époque préférait souvent des numéros ou des codes, censés garantir une distance et éviter l’attachement.

Ce que cela apporte :

  • Cela permet d’identifier clairement chaque individu et de suivre son histoire, ses relations, sa place dans le groupe (Flo, Flint, Fifi…).

  • Cela rend visibles la personnalité et la complexité sociale : on comprend mieux les dynamiques familiales, les alliances, l’éducation.

  • Et sur le plan éthique, cela favorise l’idée que les animaux ne sont pas des “objets” mais des êtres singuliers, ce qui nourrit la réflexion sur le respect dû aux animaux.