BTS activité clé en main / Les chevaux dans Germinal d'Émile Zola
Texte à étudier :
Lisez attentivement cet extrait et répondez aux questions.
C’est Trompette, n’est ce pas ? C’est Trompette. C’était Trompette en effet. Depuis sa descente, jamais il n’avait pu s’acclimater. Il restait morne, sans goût à la besogne, comme torturé du regret de la lumière. Vainement, Bataille, le doyen de la mine, le frottait amicalement de ses côtes, lui mordillait le cou, pour lui donner un peu de la résignation de ses dix années de fond. Ces caresses redoublaient sa mélancolie, son poil frémissait sous les confidences du camarade vieilli dans les ténèbres ; et tous deux, chaque fois qu’il se rencontraient et qu’ils s’ébrouaient ensemble, avait l’air de se lamenter, le vieux d’en être à ne plus se souvenir, le jeune de ne pouvoir oublier.
À l’écurie, voisins de mangeoire, ils vivaient la tête basse, se soufflant aux naseaux, échangeant leur continuel rêve du jour, des visions d’herbes vertes, de routes blanches, de clartés jaunes, à l’infini. Puis, quand Trompette, trempé de sueur, avait agonisé sur sa litière, Bataille s’était mis à le flairer désespérément, avec des reniflement courts, pareil à des sanglots. Il le sentait devenir froid, la mine lui prenait sa joie dernière, cet ami tombé d’en haut, frais de bonne odeurs, qui lui rappelait sa jeunesse au plein air. Et il avait cassé sa longe, hennissant de peur, lorsqu’il s’était aperçu que l’autre ne remuait plus.
Extrait de Germinal, Emile Zola, 1885
Questions :
- Comment Zola décrit-il les chevaux dans cet extrait ?
- Qu’est ce qui fait de Bataille et Trompette des personnages à part entière dans cette œuvre ?
- Peut-on parler d’anthropomorphisme dans ce passage ?
Réponses :
1) Comment Zola décrit-il les chevaux dans cet extrait ?
Zola les décrit comme des êtres sensibles et affectifs, marqués par la vie au fond de la mine. Trompette apparaît malheureux, incapable de “s’acclimater”, « morne », comme “torturé” par le regret de la lumière. Bataille, plus vieux, est présenté comme résigné, habitué aux ténèbres. Zola insiste aussi sur leur relation : gestes de tendresse (se frotter, mordiller), proximité à l’écurie, et même un “rêve” commun du jour et des paysages (herbes vertes, routes blanches).
2) Qu’est-ce qui fait de Bataille et Trompette des personnages à part entière dans cette œuvre ?
Ils sont des personnages à part entière parce qu’ils ont :
un nom (Bataille, Trompette), donc une identité individuelle ;
une histoire (Trompette “depuis sa descente”, Bataille “dix années de fond”) ;
des émotions et une évolution : Trompette dépérit, agonise ; Bataille réagit, comprend la mort, panique, “hennit de peur”, casse sa longe.
Ils ne sont donc pas de simples éléments de décor : ils vivent une trajectoire, et leur sort est chargé de sens (la mine “prend” leur vie comme elle prend celle des mineurs).
3) Peut-on parler d’anthropomorphisme dans ce passage ?
Oui, on peut parler d’anthropomorphisme, car Zola attribue aux chevaux des attitudes et des expériences formulées en termes très humains : “mélancolie”, “regret de la lumière”, “confidences”, “se lamenter”, et les reniflements de Bataille sont comparés à des “sanglots”. Même l’idée qu’ils échangent un “rêve du jour” relève d’une mise en scène très humanisée.
Mais cet anthropomorphisme a une fonction : il sert à faire ressentir au lecteur la souffrance et la dignité des animaux, et à renforcer la portée critique du roman sur l’exploitation.