BTS activité clé en mains : La sensibilité des animaux selon Descartes et Darwin

Textes à étudier :

Lisez attentivement les deux citations et répondez aux questions qui suivent :

DARWIN, La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, 1871

Pour en revenir à notre sujet immédiat : les animaux inférieurs, de même que l’homme, ressentent évidemment le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheur. On ne saurait trouver une expression de bonheur plus évidente que celle que manifestent les petits chiens et les petits chats, les agneaux etc., lorsque, comme nos enfants, ils jouent les uns avec les autres. Les insectes eux même jouent les uns avec les autres, ainsi que l’a démontré un excellent observateur, P. Huber, qui a vu des fourmis se poursuivre et se mordiller, comme le font les petits chiens.

DESCARTES, Discours de la méthode, 1637

Je connus de là que je pouvais concevoir sans contradiction que l’âme de l’homme soit de nature tout à fait différente de celle des bêtes ; et que je n’avais rien à craindre d’exagérer, si je disais que les animaux font naturellement les choses, ainsi que des horloges, qui se meuvent d’elles-mêmes, par le seul ressort de leurs roues ; et que, bien que ces bêtes fassent plusieurs choses aussi bien ou mieux que nous, ce n’est point à dire pour cela qu’elles aient de l’esprit, car par cela même elles manquent de plusieurs autres que jamais elles ne font : d’où je conclus qu’elles ne font rien par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes.

Questions :

  • En quoi les conceptions de Descartes et de Darwin s’opposent-elles dans leur manière de définir la sensibilité et l’intelligence des animaux ?
  • Quels enjeux philosophiques se cachent derrière ces deux visions ?
  • Quelle est la théorie qui semble la plus proche de la considération pour les animaux aujourd’hui ?

Réponses :

  1. En quoi les conceptions de Descartes et de Darwin s’opposent-elles dans leur manière de définir la sensibilité et l’intelligence des animaux ?

Descartes défend la thèse de l’animal-machine : les animaux n’ont ni pensée, ni conscience, ni âme. Leurs comportements ne sont que des automatismes, comparables au mouvement des rouages d’une horloge. Ils peuvent agir avec efficacité, mais sans véritable esprit.
Darwin adopte la position inverse. Pour lui, les animaux éprouvent plaisir et douleur, bonheur et malheur, et leurs comportements (le jeu, l’attachement, la curiosité) ressemblent à ceux des humains. La différence entre l’homme et l’animal n’est pas de nature, mais de degré : les mêmes facultés existent des deux côtés, à des niveaux de développement différents.

  1. Quels enjeux philosophiques se cachent derrière ces deux visions ?

Chez Descartes, la distinction radicale entre l’homme et l’animal permet d’affirmer la supériorité de l’homme, seul doté d’une âme et de raison. Cette vision a servi de fondement à une légitimation de l’exploitation animale (puisqu’ils ne souffriraient pas vraiment) et correspond au contexte du XVIIᵉ siècle, où l’on cherchait à expliquer le monde par la mécanique et les lois de la physique.
Chez Darwin, au XIXᵉ siècle, l’enjeu est celui de la continuité du vivant. Avec la théorie de l’évolution, l’homme n’est plus une créature à part mais le résultat d’une histoire commune avec les autres espèces. Cette conception remet en cause l’anthropocentrisme et invite à considérer les animaux comme des êtres sensibles, capables d’émotions et d’intelligence.

  1. Quelle est la théorie qui semble la plus proche de la considération pour les animaux aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la science comme la philosophie se rapprochent de la thèse de Darwin. Les découvertes en éthologie, en neurosciences et en biologie confirment que de nombreux animaux ressentent la douleur, éprouvent des émotions, et possèdent des formes d’intelligence sociale ou cognitive. Le droit évolue aussi dans ce sens : en France, le Code civil reconnaît depuis 2015 que les animaux sont des « êtres vivants doués de sensibilité ».
La théorie cartésienne de l’animal-machine, bien qu’importante historiquement, est désormais largement rejetée, car elle nie la sensibilité animale que l’on observe quotidiennement et scientifiquement. Cependant, l’élevage industriel, l’expérimentation animale et certaines autres pratiques forcent à penser l’animal comme une machine à produire ou à subir, sans prendre en compte son individualité et sa sensibilité.