Cet article est paru dans le n° 21 de Mon journal animal.
À Brest, Alain vivait en compagnie d’ambre, une petite chienne épagneule-papillon roux. Un jour, quelle surprise ! il a trouvé Ambre en compagnie d’un goéland ! L’oiseau était entré dans l’appartement, sans doute attiré par la gamelle de la chienne, puis s’était installé avec elle dans son panier. C’était le début d’une histoire vraiment pas banale !
Un visiteur surprise
À Brest, les goélands ne sont pas toujours les bienvenus. Certains les trouvent trop bruyants et leur reprochent de salir la ville avec leurs déjections. Alain ne partageait pas ces idées, mais il ne connaissait pas non plus très bien les goélands. Jusqu’à ce que l’un d’entre eux vienne partager sa vie. Car chez Alain, des oiseaux viennent souvent se poser sur le bord de la fenêtre pour profiter des rayons de soleil. Et comme Alain laisse souvent la fenêtre grande ouverte, certains en profitent pour visiter son appartement. Une tourterelle et un corbeau avaient sympathisé avec Ambre, et étaient restés quelque temps. Le corbeau et Ambre dormaient même ensemble.
L’année dernière, c’est un goéland qui a tenté sa chance et est entré à son tour. Et l’oiseau a visiblement trouvé la chienne et Alain si accueillants qu’il a décidé de s’installer avec eux pour de bon. Alain l’a appelé Arek. Tout de suite, Arek a surpris ses nouveaux amis par sa douceur. Ambre était une petite chienne très âgée et en partie paralysée, mais Arek prenait réellement soin d’elle. Il lui donnait à manger avec son bec. Alain affirme qu’ Arek massait doucement le corps d’Ambre avec ses pattes palmées. Ambre et Arek étaient devenus inséparables. Ils dormaient blottis l’un contre l’autre, bien au chaud dans le panier. La journée, Alain les emmenait un peu partout avec lui, et ils ne passaient pas inaperçus !
L’amitié en toute liberté
Après une belle vie, Ambre est décédée à 23 ans (un âge très avancé pour un chien !). Arek est resté avec Alain et il a continué à l’accompagner partout : au café, à la librairie, etc. Arek est très calme. Il se comporte davantage comme un petit chien que comme un goéland. Par exemple, s’il est à l’intérieur, il marche et ne vole pas.
C’est en imitant le comportement d’Ambre qu’il a appris à s’adapter à la compagnie des humains ! Arek est le plus souvent très bien accueilli. Il y a également des personnes maladroites qui ne savent pas comment se comporter avec les animaux. Certaines font des gestes brusques qui peuvent le surprendre et lui faire peur. D’autres cherchent à le caresser à tout prix au lieu de le laisser venir à eux – s’il en a envie ! Mais c’est souvent le cas, car Arek est très câlin. Alain et Arek sont de véritables amis.
La nuit, l’oiseau aime dormir dans la baignoire. Il est très propre et passe son temps à nettoyer ses plumes. Tous les dimanches, Alain va à son cours de tango à la milonga*… avec Arek, bien sûr ! L’oiseau se comporte très bien dans la salle. Il aime la musique, il lui arrive de suivre des mouvements de figures ouvertes effectuées par les danseuses.
Alain explique que la relation d’approche du goéland est similaire au guidage du tango. « Arek est en totale liberté. Je n’ai pas cherché à l’attraper brutalement ni à le mettre en cage, mais je l’ai invité avec douceur. Comme au tango on ne communique pas avec des ordres, le guidage se fait avec des intentions. On est en abrazo** et on se comprend facilement. Je m’adresse à Arek comme à une personne, et ça marche ».
* Le tango est une danse d’origine argentine et uruguayenne et qui se danse en couple, et la milonga est un bal où on danse le tango.
** Être en abrazo signifie ici être en harmonie, en parfaite entente. Au tango, c’est le moment où les partenaires sont le plus proches.
Aider les animaux
Arek accompagne aussi Alain à l’université, où ce dernier participe depuis 3 ans à un projet ambitieux : il souhaite aider des animaux handicapés en fabriquant des prothèses bioniques. Alain est désolé qu’on euthanasie des d’animaux parce qu’ils sont pris en charge trop tard ou qu’ils nécessitent une amputation, voire une opération coûteuse. Depuis, il rêve d’inventer des prothèses souples, simples à utiliser et accessibles à tous les animaux qui en auront besoin. Il peut consacrer beaucoup de temps à cette passion. Il est aidé par ses connaissances en médecine, en neurologie et en modélisme. Au cours de sa vie professionnelle, il a déjà relevé beaucoup de défis. Fabriquer ces prothèses est un projet très beau et motivant !
Aujourd’hui, Arek a environ 3 ans et il est de plus en plus célèbre à Brest. Des passants interpellent amicalement Alain et Arek dans la rue. Plusieurs reportages et émissions de télé leur ont été consacrés ou sont en cours de réalisation. Arek reçoit du courrier et de très beaux dessins ! Alain est un peu surpris par l’engouement pour ce goéland, mais il est heureux que leur histoire aide à mieux comprendre les animaux.
L'ambassadeur des goélands
À cause de la pollution, les goélands avalent beaucoup de morceaux de plastique et ils peuvent en mourir. On pêche tellement de poissons que les animaux marins, comme les goélands, n’en ont parfois plus suffisamment pour se nourrir (donc si les goélands piquent parfois un sandwich quand on pique-nique, ce n’est pas bien grave !).
Certains humains aimeraient les chasser des villes, mais heureusement, grâce à Arek, de plus en plus de gens se disent que les goélands sont, eux aussi, des animaux fascinants et qu’il suffit de mieux les connaître pour les aimer.